altérités ça veut dire quoi ?

Altérité : de alter en latin, autre, s’oppose à identité : de idem, le même.

Chez Platon, l’altérité est le caractère de ce qui est autre, ce qui est éloigné de Soi ou de Nous. L’altérité c’est l’autre dont d’abord est saisie la différence et non son être en tant que sujet autre.

Aujourd’hui, l’altérité signifie aussi la reconnaissance de l’autre dans sa différence. Dans ce sens, l’altérité ne doit pas être confondue avec la tolérance. Tolérance vient de tolerantia qui signifie supporter. La tolérance c’est le fait d’accepter au sens de ne pas interdire ce que l’on désapprouve et qu’on ne peut éviter. La tolérance accepte la différence mais la maintient à distance. L’altérité c’est s’intéresser à la différence, non pour la faire sienne mais pour la comprendre.

L’altérité s’appréhende au pluriel car les différences sont multiples : sexuées, genrées, sexuelles, physiques, psychologiques, culturelles, sociales, religieuses, politiques, etc..

altérités c’est qui ?
Derrière altérités, il y a moi :
Marie Serre, anthropologue.

Anthropologie : vient de anthropôs, l’Homme et logos, science.

L’anthropologie c’est la science de l’Homme. Née dans la seconde moitié du 19ème siècle, cette discipline est au carrefour des sciences naturelles et des sciences humaines et sociales. Elle étudie les dimensions physiques, culturelles et sociales de l’Homme et cherche à comprendre son unité dans sa diversité. L’anthropologie est indissociable de sa méthode d’enquête, l’ethnographie, dont les principaux outils sont l’observation et le dialogue.

Ma rencontre il y a 20 ans avec cette discipline a été une vraie tempête mentale. L’anthropologie a changé en profondeur ma façon de voir le monde, d’appréhender la différence et d’interagir avec l’Autre. J’ai compris qu’être outillé pour décrypter la complexité de la réalité humaine est un atout considérable et vertueux au quotidien. Mais plus j’accumulais de connaissances, plus j’étais frustrée de constater qu’elles restent trop souvent cloisonnées au milieu académique.

Nous vivons une époque qui n’a pas de précédent dans l’histoire de l’humanité. Il y a encore quelques décennies nous pouvions passer une vie entière sans rencontrer d’altérité prononcée. Aujourd’hui, au travail, dans l’espace public, à la télévision, sur internet, nous sommes au quotidien en contact avec des altérités variées. Mais contact ne veut pas dire rencontre. Interaction ne veut pas dire coopération. Médecins, pompiers, avocats, commerçants, policiers, managers, soldats, RH, expatriés, etc. ont à s’adapter à des interlocuteurs avec qui ils ne partagent pas la même vision du monde. Or, sans grilles de lecture pour la penser, sans outils pour l’appréhender, souvent la différence dérange, perturbe, irrite. Mais comment coopérer efficacement quand nos différences nous mettent mal à l’aise ?

Apprivoiser ce que la différence suscite en Soi, la décoder et coopérer avec l’Autre, cela s’apprend. Il existe des connaissances et des outils pour cela. Pourtant, par manque d’occasions et de vulgarisation scientifique, les besoins et les ressources se rencontrent peu. Comment construire ce pont ? Comment le faire auprès de publics contraints par le manque de temps de formation ?

Pour relever ce défi, j’ai repris en 2017 le chemin des études et de la recherche en intégrant le DU « Gestion des conflits, médiation et interculturalité » de l’Université Catholique de Lyon. J’ai mené une enquête de terrain auprès des étudiants de ma promotion pour mettre en lumière les processus mentaux sollicités dans une formation sur l’interculturalité d’une part, et les pratiques pédagogiques les plus efficaces d’autre part. Sur la base des résultats de cette recherche j’ai élaboré une méthode de formation à la gestion de l’interculturalité : la méthode altérités.